2,5 M$, une coupe qui aura des conséquences néfastes

Communiqué publié par le CQAM

Suite à l’annonce des coupes de 2,5 M$ au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le [Conseil québécois des arts médiatiques->http://www.cqam.org/pages.php?lg=fr&type=report&id=2457] (CQAM) souhaite réaffirmer son rôle fondamental auprès de la communauté des arts médiatiques qu’il représente et défend depuis près de vingt ans. La coupe de 12,5 % de son aide au fonctionnement au CALQ, coupe dirigée par la ministre de la Culture et des Communications du Québec, une première dans l’histoire du CALQ, nous atteint de plein fouet. Une coupe d’une telle ampleur ne pourra se faire sans conséquences et de laisser entendre qu’elle est uniquement administrative n’est que fumisterie.

Depuis les dix dernières années, nous avons, comme l’ensemble du milieu culturel, « contribué à l’effort budgétaire gouvernemental » en usant de débrouillardise, d’imagination et de résilience afin de faire du Québec la terre de créativité, d’inventivité et la vitrine internationale des arts médiatiques qu’elle est aujourd’hui. Comme les retombées économiques semblent être la seule facette du développement de la société québécoise qui compte pour le gouvernement libéral, rappelons donc que le milieu culturel, dans la seule ville de Montréal, a engendré des retombées directes de plus de 10,7 milliards de dollars en 2013, soit 6% du PIB. Rappelons aussi que le secteur culturel représentait 3,52 % du PIB en 2010 comparativement à 1,52 % pour l’ensemble du secteur minier si cher au gouvernement actuel. Rappelons enfin que malgré ces reluisantes retombées, le revenu moyen des artistes et des travailleurs culturels se situe toujours nettement sous la moyenne, moins de 20 000 $ annuellement. Comme dans de nombreux autres secteurs, les investissements publics en arts et culture représentent le principal levier de la création de richesse. Le gouvernement est prêt à créer des emplois à 300 000 $ dans le cadre du projet de la cimenterie de Port-Daniel alors que ce secteur rapporte beaucoup moins que le nôtre. Il exige par contre d’être considéré comme le joueur économique, culturel, identitaire, comme le propulseur d’idées nouvelles et l’ambassadeur international de premier plan qu’il est. La ministre et ses collègues font preuve d’une mauvaise foi sans borne en coupant dans un gras imaginaire et en osant affirmer, sans rire, que les artistes ne seront pas touchés. Déjà appauvri par des années de contritions budgétaires et une négligence gouvernementale perpétuelle (malgré l’inflation, la valeur des bourses pour artistes n’a pas évolué depuis 10 ans et la subvention moyenne aux organismes a diminué de 8 %), le milieu culturel est et sera touché de plein fouet.

Rappelons que le CQAM, tout comme nombre d’organismes culturels, ne compte à son bord que deux employées. S’il réussit à accomplir sa mission avec brio, c’est grâce à l’excellent travail des artistes, chercheurs, commissaires, et travailleurs culturels, membres de la communauté des arts médiatiques qui le maintiennent à bout de bras, trop souvent, de manière bénévole. Une conséquence directe de cette coupe se répercutera dans l’embauche de ces professionnels. Cela freinera inévitablement le développement de la discipline, car la représentation ici et à l’international s’en verra gravement affectée.

Au cours des dernières années, le CQAM a mis sur pied des missions internationales afin de développer les marchés et les publics des arts médiatiques. En 2013, grâce au soutien du CALQ, nous avons déplacé une délégation de trente personnes du milieu à Marseille pour souligner l’excellence de l’art vidéo québécois. À l’automne 2015, une vingtaine d’artistes et une quinzaine de représentants d’organismes et de festivals en arts numériques se retrouveront à New York pour présenter des œuvres et assister au Marché international d’art numérique (MIAN) version new-yorkaise. Une première pour les arts numériques québécois ! Encore une initiative du CQAM ayant reçu le soutien du CALQ. Le CQAM a aussi travaillé à la conception de contrats types de diffusion pour les artistes en arts médiatiques et élaboré une grille tarifaire balisant les redevances auxquelles ils ont droit. Le CQAM travaille actuellement avec l’INRS à la réalisation d’un portrait socio-économique du milieu des arts médiatiques au Québec. Toutes ces actions qui visent à propulser le développement de la production artistique québécoise s’en trouveront inévitablement affectées.

Dire de ces coupes qu’elles sont purement administratives et qu’elles n’affecteront en rien les artistes nous paraît non seulement improbable, mais parfaitement mensonger. Comment le CQAM pourra-t-il continuer à fournir les efforts nécessaires au développement des arts médiatiques québécois si on lui retire 12,5 % de son budget de fonctionnement ? Quoi qu’en dise la ministre, il n’y a plus de place pour des coupes administratives dans le milieu culturel depuis des années. Les coupes se pratiquent toujours directement dans la chair. La vigueur du milieu et les retombées qu’il engendre s’en trouvent chaque fois réduite. Cette coupe irréfléchie ne s’appuie sur aucune stratégie de développement conséquente, si ce n’est qu’une contrition aveugle de la vigueur culturelle québécoise, et va à l’encontre de ce que la ministre avait affirmé lors de l’annonce du budget en mars dernier. Le milieu des arts médiatiques, tout comme les autres secteurs artistiques qui se sont prononcés sur ces coupes, est surpris et profondément indigné de cette annonce faite de façon sournoise, la veille de la Fête nationale québécoise. Nous demandons à la ministre de renoncer à cette coupe qui affaiblira inévitablement le cœur créatif québécois.

{{À propos du Conseil québécois des arts médiatiques}}


Le Conseil québécois des arts médiatiques a été fondé le 19 juin 1998. Reconnu depuis 2003 comme le regroupement national des arts médiatiques au Québec, le CQAM regroupe, représente et défend les créateurs professionnels indépendants, les travailleurs culturels et les organismes se consacrant aux arts médiatiques.