Chronique des temps durs

Franck-Michel-directeur-general-CMCC-webIl y a quelques jours, la directrice d’un organisme culturel montérégien me disait qu’elle n’avait jamais connu de période aussi sombre pour la culture que celle que nous vivons actuellement. Venant de quelqu’un qui œuvre dans le milieu depuis de nombreuses années, la constatation a du poids. C’est un fait : la culture a mal, très mal. Elle est rudoyée. Elle est blessée. Quand on discute avec les travailleurs culturels, il est trop souvent question d’épuisement, d’essoufflement, d’incertitude et de précarité.

Une conjoncture des plus préoccupantes

Le sous-financement chronique auquel s’ajoutent des coupes dans le soutien public et le démantèlement de plusieurs structures de développement régionales (CRÉ, CLD, Forum jeunesse) fragilisent le milieu, mais également, par ricochet, les travailleurs culturels, ces grands oubliés. L’austérité et les coupures, notre milieu en a toujours connues. Ce qui rend la situation actuelle si critique, c’est leurs corolaires : l’incertitude et l’inconnu face à l’avenir. Ces facteurs se répercutent directement sur les travailleurs culturels. Soyons clairs : ils les frappent de plein fouet. Il faut être fort, courageux et convaincu pour ne pas courber l’échine, pour ne pas abdiquer et rester souverain. La plupart d’entre vous vont, contre vents et marée, poursuivre la lutte en conservant malgré tout un certain optimisme. Néanmoins, des situations critiques et des rumeurs de cession d’activités émergent ici et là, symptomatiques de la gravité du contexte actuel.

La fermeture d’un organisme : une décision grave et difficile

L’annonce de la fermeture d’un organisme culturel me fait toujours l’effet d’un électrochoc. Je me demande comment on peut en arriver là, connaissant toutefois trop bien la réponse : épuisement, fonds insuffisants, manque de soutien, incompréhension des pouvoirs publics… C’est déconcertant de simplicité et d’évidence. Nous ne pouvons certainement pas blâmer les gestionnaires culturels qui prennent une décision aussi difficile. Nous savons bien qu’elle a été murement réfléchie. Mais, ma question en cache une autre, peut-être un peu tendancieuse, je l’avoue : comment, à l’occasion, les pouvoirs publics peuvent-ils laisser mourir un organisme qui a fait ses preuves? Montreraient-ils un tel désintéressement s’il s’agissait d’une entreprise privée? Nous savons bien que non. Levant leurs boucliers, ils auraient certainement joué la carte de l’investissement pour convaincre l’entreprise de changer d’idée. En culture, dans certains cas, un plan de sauvetage en concertation avec le milieu est mis en place avec succès, mais trop souvent, on laisse filer. Tant pis ou tant mieux; un organisme de moins à subventionner, penseront certains. Et, pour les travailleurs culturels qui dès lors perdent leurs emplois ou pour les bénévoles qui voient des heures ou des années d’engagement s’envoler en fumée : peu de compassion.

Rester proactif pour éviter le pire

Ceci étant dit, j’oserai rappeler que face à une situation critique, il est primordial de ne pas tirer la sonnette d’alarme trop tard. En tant que conseil de la culture, nous ne pouvons faire de miracle, mais nous pouvons réfléchir ensemble, en amont, à des pistes de solution. Parfois, un simple regard extérieur permet d’envisager les choses autrement, de sortir de nos ornières et de rebondir là où il n’y avait qu’un mur. Grâce à de l’accompagnement et du soutien, des organismes au bord du gouffre ont pu se relever. N’hésitez surtout pas à communiquer avec nous, en gardant en tête que le plus tôt sera le mieux.

Je termine ce mot un peu pessimiste en vous souhaitant de joyeuses Fêtes, du repos et des moments de partage avec vos proches!

Franck Michel

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