Il n’y aura pas de printemps hâtif

On a eu la frousse! La rumeur étalée à pleines pages de journal voulait qu’Hélène David succède à Yves Bolduc au ministère de l’Éducation. Inévitablement, un changement de ministre aurait eu pour effet de ralentir la lancée des travaux actuellement en cours au ministère de la Culture et des Communications (MCC). Car même s’ils ne font pas la manchette des journaux – particulièrement mobilisés par la santé et l’éducation – il y a bien des travaux en cours au MCC. Si on trouve que ça va trop vite dans certains domaines, on ne souhaite pas de ralentissement dans le domaine de la culture. Il faut prendre le temps de bien faire les choses, mais, surtout, ne pas ralentir! Car le temps presse pour plusieurs.

La Société des musées québécois [s’inquiète->http://www.smq.qc.ca/publicsspec/actualites/interventions/index.php] de l’échéancier de travail en ce qui concerne l’avenir des musées au Québec. Le rapport Corbo, commandé par le gouvernement précédent, proposait un soutien accru aux musées tout en revoyant en profondeur le fonctionnement du réseau muséal québécois. En cette période d’austérité budgétaire, il y a peu d’espoir que le financement soit au rendez-vous dans le prochain budget provincial, et les travaux menant à une « optimisation » de l’ensemble du secteur de la muséologie ne seront pas terminés avant 2016.

Pendant ce temps en Montérégie, les musées prennent les mesures qui s’imposent pour poursuivre leurs activités malgré cette période difficile qui sévit actuellement et qui semble vouloir s’étirer en longueur. Pour certains, ces mesures se traduisent par des fermetures temporaires, des coupures de personnel et des remaniements internes. On coupe dans les communications et la promotion, pourtant essentiels à la diffusion des expositions et au développement des publics. Le [Musée de la radio->http://www.museedelaradio.ca/index.html], qui tentait depuis les dix dernières années de s’implanter dans un lieu permanent, a finalement abandonné son projet. L’administration du musée a annoncé récemment la fermeture de l’organisme et s’évertue à placer dans divers musées à travers le Canada et les États-Unis, les pièces de son imposante collection. Si le musée de la radio a dû se résigner à son triste sort, ce n’est pas par manque d’efforts et de créativité de la part de ses bénévoles. Il faut lire le rapport d’activités de la dernière année pour comprendre l’ampleur de la tâche colossale que représentait la conservation d’une collection sans avoir de toit au-dessus de sa tête, et sans autre soutien financier que la contribution de passionnés de radio et de mécènes de passage. Je salue le courage et la détermination des administrateurs et bénévoles du Musée de la radio et déplore, non seulement la perte de la richesse que représente un ensemble considérable d’objets regroupés en une collection, mais également, la perte de l’expertise développée au fil des ans grâce à cette collection.

L’état de situation des équipements culturels du territoire de la Montérégie Est ([PDF->http://www.monteregie-est.org/cre_monteregie_fichiers/file/CR-quipements%20culturels%20Montrgie%20Est_mai2011_v2.pdf]), produit par la CRÉ en 2011, arrivait au constat que « Les organismes qui parviennent à se développer et à demeurer des acteurs culturels significatifs sont généralement ceux qui, outre l’aide financière qu’ils obtiennent du Ministère dans certains cas, bénéficient aussi d’un soutien stable et substantiel de la part d’un autre partenaire, tel qu’une municipalité, une corporation tierce, ou peuvent compter sur la contribution de bénévoles. » Je ne peux que constater avec dépit que la situation s’est dégradée depuis la parution de ce rapport. La tendance des dernières années démontre que sans l’aide {{stable}} du Ministère et de {{plusieurs}} partenaires, municipaux, corporatifs et bénévoles, les organismes culturels ont peu de chance de salut.

Les enjeux visant la diversification des revenus des organismes culturels sont de taille : les revenus autonomes sont directement liés à la capacité (humaine et financière) de l’organisme à fidéliser un public alors que l’offre culturelle est riche et diversifiée; l’aide ministérielle n’est pas indexée depuis longtemps et il n’y a plus de place pour de nouveaux joueurs; les municipalités doivent revoir leurs dépenses à la baisse et la culture a du mal à se glisser parmi les priorités; le milieu des affaires est sollicité de toute part; les bénévoles de plusieurs organismes se font vieillissants. De plus, les sources de financement ponctuelles que procuraient les instances régionales sont, pour le moment, sur la glace et on ne sait toujours pas si ces sources de financement seront disponibles une fois la réorganisation territoriale complétée.

Avec cet état de situation plutôt morose en cette froide fin de février, j’accueille la poursuite du mandat de madame David au MCC comme la promesse du printemps. Il faut avancer et ne pas ralentir, malgré les défis qui nous attendent. Non, il n’y aura pas de printemps hâtif, mais le temps passe et l’hiver ne pourra pas durer toujours!

<quote>Dominic Trudel
Directeur général</quote>

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