La médiation culturelle en entreprise

Texte : collaboration Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA)*
Auteures : Madeleine Turgeon et Sabrina Brochu

Une expérience innovante d’apprentissage

À l’ère de l’innovation et de la créativité, quel est le meilleur moyen de développer des compétences en ce sens ? Quoi de mieux que de faire de l’art, accompagné d’un artiste professionnel, pour s’immerger dans la créativité et l’innovation ? La médiation culturelle en entreprise offre cette expérience immersive tout en s’appuyant sur l’apprentissage social et le plaisir.

Les tendances du marché confirment l’importance de la collaboration, de l’innovation et de la créativité comme compétences clés pour 2020 (« Infographie : 10 compétences pour 2020 », Révolution RH, 17 novembre 2014). Dans le domaine des ressources humaines, il est parfois difficile de trouver la solution qui permettrait de développer concrètement ces compétences.

S’il existe un moyen de plus en plus utilisé pour mobiliser les connaissances en innovation et développer collectivement le savoir-faire créatif et collaboratif, c’est bien la médiation culturelle. Cette pratique vient d’une appropriation démocratique de l’art. On la voit dans les espaces publics et les écoles. Mais la médiation culturelle a fait son entrée dans les entreprises depuis quelques années en proposant notamment des ateliers de consolidation d’équipe à travers un processus dynamique menant à la création d’une œuvre collective en arts visuels, en littérature, en danse, en musique, etc. À l’ère de l’économie du savoir et de l’innovation, on doit savoir développer le sens de la créativité, et c’est ici que la médiation culturelle en entreprise prend le plus de sens.

En termes de formation, la médiation culturelle prend la forme de l’apprentissage social. C’est la dynamique entre un artiste professionnel et le groupe qui permet de développer la créativité tout en créant une œuvre collective, utilitaire ou symbolique, conçue pour durer dans le temps. C’est donc aussi un excellent outil de transfert des apprentissages puisque l’œuvre collective reste visible pour les équipiers dans leur environnement de travail et peut ainsi conserver le souvenir du plaisir partagé et du processus de création collective.

L’expérience créative

Au départ, il est essentiel de définir le besoin et de formaliser l’objectif en tenant compte des personnes concernées. Lorsqu’une organisation est à la recherche d’une activité collective pour redonner une dose d’énergie à ses équipes ou stimuler la collaboration, plusieurs pensent tout d’abord au team building sportif pour proposer une aventure humaine sous une forme de défi. Elles ne pensent pas au team building créatif, ou médiation culturelle, qui offre aux participants la possibilité de créer une œuvre artistique collective.

Ayant beaucoup évolué depuis sa création, le team building créatif a la particularité de faire intervenir l’identité et le rôle de chaque collaborateur afin qu’il puisse réellement s’engager dans les ateliers organisés. Ce concept, maintenant appelé « médiation culturelle », est offert par des artistes eux-mêmes médiateurs culturels à des organisations soucieuses de développer les processus créatifs et de renforcer le sentiment d’appartenance de leurs employés à l’entreprise. L’artiste qui fait de la médiation culturelle est reconnu pour avoir les compétences nécessaires pour encourager les individus à communiquer tant visuellement que verbalement, tout en s’engageant dans un processus à la fois physique, intellectuel et émotionnel. Son travail de conception et d’accompagnement doit être coordonné dans la mesure où il met en relation les savoirs, le savoir-faire et le « savoir faire faire ». Le médiateur culturel intervient dans le processus de la production de l’entreprise à l’étape où l’on doit réunir les employés autour d’un projet qui vise le tissage de liens, le partage de connaissances, la résolution de problèmes et la mobilisation, tous nécessaires à une équipe soudée et efficace.

Les entreprises qui décident de déployer des projets artistiques collaboratifs font ainsi vivre des expériences uniques d’apprentissage social en s’offrant de nouveaux repères dans les relations arts-affaires qui vont au-delà de la philanthropie et du mécénat. Selon Guy-Lin Beaudoin, directeur général de la MRC Vaudreuil-Soulange, « Pour notre part, il y a plusieurs impacts positifs. Tout d’abord, ne serait-ce que pour l’embellissement des lieux communs. Je le vois aussi sous un angle tout à fait différent. C’est l’occasion d’un rapprochement entre les employés et les cadres. »

Il faut souligner que l’apport de l’art au renouvellement des pratiques managériales a longtemps été sous-estimé ou écarté. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute, de nombreuses expérimentations ont illustré la contribution des processus artistiques et créatifs à la transformation sociale et à l’innovation en milieu de travail. Des chercheurs se sont intéressés aux similitudes entre le monde des arts et le monde des affaires, a priori aux antipodes. Le constat qu’ils font est étonnant : le monde des affaires a beaucoup à apprendre du monde des arts.

Premièrement, les artistes sont des néophiles. Ils carburent à la nouveauté et ont un appétit insatiable pour créer de nouvelles connexions, pour inventer et se réinventer. On peut faire un parallèle avec les entreprises qui doivent générer des solutions innovatrices.

Les artistes et les innovateurs ont une aptitude à proposer des solutions aux problèmes, car ils voient les choses différemment. Innover dans le milieu des affaires, c’est en quelque sorte utiliser les mêmes chemins que le processus créatif. On sait au départ où l’on aimerait aller, mais le chemin à emprunter n’est pas fixé et ne ressemble aucunement à une ligne droite. Il faut s’immerger et entreprendre avec l’incertitude, exactement comme l’artiste qui improvise sur sa toile, ou l’improvisateur jazz qui cherche les notes les plus consonantes. On n’innove pas en refaisant ce qui existe… L’entreprise a tout à apprendre des chemins de la création artistique.

Pour obtenir une expérience optimale avec un artiste, il est recommandé de communiquer avec le Conseil de la culture de votre région. Ces organismes à but non lucratif regroupent notamment les artistes professionnels. Ils pourront vous référer des personnes selon vos besoins.

La médiation culturelle peut favoriser l’intelligence collective et l’innovation par l’intelligence émotionnelle, qui assure la sécurité psychologique nécessaire pour essayer de faire autrement. Les artistes observent les besoins, les émotions et les comportements humains avec un œil sensible, exigeant, et avec une grande empathie. L’intelligence émotionnelle est la capacité à reconnaître et à comprendre les émotions pour mieux agir sur elles. Nos comportements étant influencés par nos émotions, la pratique de l’art s’avère un outil clé qui nous permet de les canaliser et de les extérioriser. L’habileté à reconnaître les émotions que l’on développe alors nous amène à faire preuve d’empathie et à cultiver de meilleurs rapports interpersonnels, exactement ce qu’il faut pour des collaborations gagnantes au travail.

Au cœur de cette rencontre entre le monde de l’art et des affaires, le projet artistique devient moteur et courroie de transmission. Il peut se traduire en œuvres sculpturales, murales, musicales ou littéraires. Il y a autant de projets que d’idées ! En plus, les activités culturelles en entreprise sont un facilitateur pour réduire le stress, renforcer l’esprit d’équipe, améliorer le climat de travail et le bien-être des employés. Elles aident également à la rétention des professionnels et au développement du potentiel d’innovation.

* Ce texte, d’abord paru dans la Revue RH Hors-série, volume 20, La formation dans tous ses états, est reproduit ici avec la permission de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.


Cet article est lié à l’infolettre Connexion créative. Cette infolettre, envoyée aux deux mois, souhaite valoriser l’apport indispensable du milieu culturel à la qualité de vie et à la rétention de la population active dans la région. Elle présente des gens d’affaires inspirants, des relations arts-affaires gagnantes et d’autre contenu à l’intention de quiconque s’intéresse à la valeur des arts et de la culture pour un mieux-être individuel et collectif.