La Rumeur

Vous avez sans doute entendu la rumeur voulant que les conférences régionales des élus (CRÉ) soient abolies? Le 22 octobre dernier, jour du Forum sur la citoyenneté culturelle des jeunes, la tension était à son maximum : l’annonce de l’abolition des CRÉ était supposément imminente. Pourtant, rien n’est venu confirmer la rumeur. Ni ce jour-là, ni pendant ceux qui ont suivi. Alors, on attend et dans l’attente, tout se poursuit comme d’habitude… ou presque. C’est comme attendre les résultats des tests qu’on a passés parce que notre médecin a des raisons de croire qu’il n’y a en a peut-être plus pour longtemps. On a beau faire comme si de rien n’était, difficile de ne pas s’inquiéter pour la suite.

Peu de gens comprennent le rôle des CRÉ. La loi qui a permis leur création, il y a une douzaine d’années, leur donne beaucoup de pouvoir et beaucoup de latitude dans la gestion de leur structure et l’application de leur plan d’action. Au Québec, bien qu’ayant le même mandat, les CRÉ fonctionnent toutes différemment. Il suffit de collaborer avec les trois CRÉ en Montérégie pour le constater. La gouvernance étant ce qui demeure le plus similaire entre elles. Toutefois, par principe démocratique, on se retrouve avec 25, 30, voire 60 administrateurs autour de la table… Beaucoup de monde, une multitude de problématiques régionales à résoudre et peu de temps. Dans ce contexte, il m’apparaît difficile de s’y retrouver et d’évaluer le chemin parcouru par ces instances. D’autant plus que l’objectif ultime est d’arriver à une véritable concertation multisectorielle, alors que tous les secteurs sur le terrain ont toujours travaillé en silos. Utopie ou vision réalisable? Changer les façons de faire et développer une véritable solidarité régionale en matière de développement économique, social et environnemental prendra, à mon avis, bien plus qu’une dizaine d’années.

Or, le gouvernement veut réduire, à la fois, le nombre et la taille des structures. Objectif louable, certes, mais comment le faire sans avoir l’impression de reculer? Si, comme la rumeur le prétend, les pouvoirs et les mandats étaient transférés aux municipalités, devons-nous craindre pour le développement régional? Ferons-nous face à une dynamique de développement local sans vision globale? À un saupoudrage du fonds d’investissement régional qui, à première vue, apparaît enviable, mais qui fond à vu d’œil si on le divise par les quelques 177 municipalités de la Montérégie? Bon… J’extrapole. J’ignore tout du plan gouvernemental en la matière. On nous assure que des mécanismes seront mis en place afin de ne pas pénaliser les citoyens.

Aussi, si la rumeur devait se concrétiser, les engagements pris par les CRÉ actuellement en cours devraient être maintenus. Entre autres, les ententes conclues avec le ministère de la Culture et des Communications et celles avec le Conseil des arts et des lettres du Québec qui s’étendent sur plusieurs années seront soumises à d’autres mécanismes de gestion. Pour les ententes actuellement en négociation, c’est plus inquiétant, quoiqu’on assure que les CRÉ sont toujours autorisées à signer des ententes avec leurs partenaires, malgré la menace qui pèse sur leur tête… Ah oui, j’oubliais, la menace n’est qu’une rumeur… qui touche aussi les Centres locaux de développement (CLD), les Carrefours jeunesse-emploi (CJE), et… Devrais-je ajouter d’autres structures?

Reste qu’advenant des changements majeurs, le plus difficile sera sans doute de ramasser la concertation régionale, morcelée en trois pendant dix ans. Qu’adviendra-t-il des plans de développement, des priorités et des moyens d’action dont s’étaient doté chacun des territoires? Pour le CMCC, le partenariat avec les CRÉ est en soi un exercice de complémentarité constant, combiné à de multiples efforts d’adaptation. On semblait avoir trouvé une façon de faire qui convenait à tous… Il semblerait que nous devrons à nouveau reprendre le bâton du pèlerin et interpeller de nouveaux intermédiaires, établir des relations de confiance, convaincre de l’importance de la culture dans le développement régional… Finalement, refaire sa place.

Dominic Trudel
Directeur général

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