Les blues hivernaux

Malgré quelques bonnes nouvelles, l’hiver à travers lequel nous passons comporte bien sa part de {blues}. Difficile de ne pas parler de tous les chamboulements qui attendent le milieu culturel dans les prochains mois, voire les prochaines années. En fait, il est encore plus difficile d’en parler. Est-ce la torpeur de l’hiver qui m’engourdit comme un ours dans sa tanière ou est-ce simplement le manque d’information qui m’empêche de me faire une tête?

Commençons par les bonnes nouvelles. En rencontre avec le Réseau des conseils régionaux du Québec (RCRCQ), la ministre de la Culture et des Communications a confirmé l’avenir des conseils régionaux de la culture, sa volonté d’inscrire les enjeux régionaux dans une politique culturelle révisée, et de travailler étroitement avec les régions à la vitalité des arts et de la culture. Donc, le CMCC pourra continuer à jouer son rôle et aider ses membres à faire face aux nombreux défis qui assailliront le milieu culturel, avec l’appui du ministère. Nous serons occupés! Car…

La loi sur l’abolition des CRÉ n’est pas encore adoptée, mais les comités de transition sont déjà au travail sur chacun des territoires. Les préfets étudient les dossiers qui étaient portés par les CRÉ. D’une part, ils évaluent par qui et comment les suivis administratifs pourront se compléter, et d’autre part, ils doivent convenir des suites à donner aux travaux qui ont été réalisés jusqu’à maintenant. On ne peut pas balayer plus de dix ans de concertation… Peut-on?

Nous n’avons pas tout perdu dans la tempête, mais le blizzard n’est pas encore terminé.

Les ententes régionales entre le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), les CRÉ et les Forums jeunesse ont été maintenues et les engagements sont honorés. Au moment où vous lisez ces lignes, les projets des artistes de la Montérégie Est et de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent ont été reçus et le processus de sélection suit son cours. Pour l’agglomération de Longueuil, une entente in extremis a pu être signée avec le Forum jeunesse Longueuil. [Un appel de projets s’adressant aux artistes de la relève professionnelle est en cours->http://www.programmeartsetlettres.com/Je-suis-un-artiste-1]. Les artistes ne disposent que de trois petites semaines pour élaborer et soumettre leur projet, mais, il en a fallu de peu pour qu’aucun appel de projets ne prenne forme sur ce territoire cet hiver. L’abolition des structures empêchant la CRÉ de l’agglomération de Longueuil de signer de nouvelles ententes, et ce, bien contre la volonté des partenaires, les volets s’adressant aux artistes établis et aux organismes ont été perdus pour 2014-2015.

On accuse également des pertes du côté des ententes que les CRÉ ont conclues ou auraient pu conclure (selon le cas) avec le ministère de la Culture et des Communications (MCC). Dans la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent et dans l’agglomération de Longueuil, n’ayant pas d’entente en cours et ne pouvant pas en signer de nouvelles, il faudra attendre de connaître les nouveaux rouages de la concertation territoriale avant d’envisager le retour des ententes régionalisées et de bénéficier des investissements qu’elles génèrent. Du côté de la Montérégie Est, aucune somme de l’entente nouvellement signée n’avait été engagée avant l’annonce fatidique. Nous sommes actuellement dans l’attente de la décision du comité de transition qui doit se prononcer sur la faisabilité de mettre en œuvre cette entente.

Localement, les impacts du pacte fiscal se font sentir. La MRC d’Acton a aboli le poste d’agent de développement culturel, alors que la MRC de Brome-Missisquoi n’a toujours pas remplacé le poste laissé vacant l’automne dernier. Pour sa part, le CLD de Marguerite-d’Youville a cessé le soutien qu’il accordait au développement culturel et touristique, a remercié son agent de développement et a mis fin aux travaux du comité culturel. Certaines villes remettent en question le maintien des postes d’agent de développement culturel une fois que sera terminé l’entente dans le cadre du programme Villes et villages d’art et de patrimoine. Les budgets dédiés à la culture sont revus à la baisse. Il n’y a pas si longtemps, on parlait des avancées impressionnantes du développement culturel municipal. Allons-nous maintenant reculer d’un seul coup? On dirait qu’un cran d’arrêt a lâché quelque part pendant l’ascension. Attention aux avalanches!

Par ailleurs, le Conseil des arts du Canada (CAC), sous la direction de Simon Brault depuis peu, annonce que les programmes seront entièrement révisés d’ici les deux prochaines années, et que les 142 programmes actuels se verront remaniés, simplifiés et fondus en 10 programmes « dignes des créateurs du 21e siècle »! On n’arrête pas le progrès! Apparemment plus faciles à gérer, tant pour les artistes et les organismes demandeurs que pour les administrateurs, les nouveaux programmes n’altèreront en rien la mission et les orientations du CAC, de même que les enveloppes qui lui sont dévolues. Objectif ambitieux qui ne manquera sûrement pas de faire jaser dans les prochains mois.

Dans la même veine, comme vous le savez sans doute déjà, le CALQ est, lui aussi, en processus de révision de programmes.

C’est donc dire qu’en cet hiver 2015, tant dans les villes, les MRC, les régions, la province, qu’au pays, les acquis, les façons de faire, les normes et les balises qui encadrent le soutien financier des arts et de la culture sont au cœur d’une révolution majeure…

Je crois que mes blues ne viennent pas que de la torpeur de l’hiver.
<quote>Dominic Trudel
Directeur général</quote>

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