Les voix de la culture

Dans la foulée du chantier du renouvellement de la politique culturelle du Québec, le quotidien Le Devoir a eu l’excellente initiative de publier, au cours du mois de juin, dix entrevues avec des personnalités du milieu culturel et du monde des affaires autour de questions clés. Cette série intitulée « Bouillon de culture » avait pour objectifs d’animer le débat et de « dessiner les contours d’une politique culturelle idéale ». Grâce à la diversité des personnalités qui se sont prêtées au jeu et à la pertinence des questions et des réponses, cette série dresse un portrait saisissant de l’état de la culture au Québec et des défis de son avenir.

Une culture à chérir et préserver

À la lecture des entrevues, plusieurs constats s’imposent. Tout d’abord, tous s’entendent pour dire que la culture québécoise est une richesse et une diversité que nous devons chérir et préserver. Malgré ses lacunes, l’écosystème en place a permis l’émergence d’une culture vivante et diversifiée. Selon la cinéaste, Micheline Lanctôt, « la volonté d’exister a fait du Québec un prodigieux vivier de talents et d’imagination. » Pour l’avenir, il s’avère essentiel que l’État s’engage à soutenir la culture à la hauteur des besoins du milieu et, en particulier, de ceux des créateurs, souvent négligés. En d’autres termes, l’État doit veiller à solidifier la base.

Ces dernières années, le financement étatique a eu tendance à favoriser le divertissement au détriment de la culture et de la création. Il importe de revenir à une véritable définition de la culture où la rentabilité n’est en rien un critère et où la recherche doit être soutenue et encouragée. « De nombreuses formes d’art, souligne la rédactrice en chef de la revue Esse arts + opinions, Sylvette Babin, n’entrent pas dans une logique marchande. C’est extrêmement important de préserver ces pratiques dites “à risque” qui contribuent grandement au dynamisme artistique. » Phoebe Greenberg ajoute qu’« à l’ère du numérique, l’importance des valeurs et des idées ne doit pas être subordonnée aux moyens de consommation, qu’ils soient numériques ou matériels. Ce facteur ne doit pas entrer en ligne de compte dans les décisions relatives à l’investissement dans la culture. »

Quelle place pour le mécénat?

Concernant la question du financement privé et du mécénat, les réponses sont nuancées, même par les personnalités du milieu des affaires. Selon eux, le mécénat a sa place dans l’écologie du financement de la culture, mais ne doit en aucun cas se substituer au soutien étatique ou pallier ses lacunes. Sébastien Barangé propose d’encourager « […] les mécénats à plus petite échelle, jusque dans les quartiers, avec un maillage entre des créateurs et une communauté. […] On peut donner à son milieu sans être riche », précise-t-il.

L’éducation culturelle, une priorité pour la nouvelle politique culturelle du Québec

La majorité des interviewés dénoncent, avec force, le peu de place qu’occupent les arts et la culture dans le système éducatif actuel. Selon la dramaturge, Annick Lefebvre, « […] notre système d’éducation ne valorise en rien la culture et n’incite pas la jeunesse à voir la culture comme une assise sociale sur laquelle faire reposer notre fierté […] ». Le système éducatif québécois en matière de culture doit être revu en profondeur et la première chose à faire, selon Sébastien Barangé, serait « d’aller (s)’asseoir avec le ministre de l’Éducation pour penser la prochaine politique culturelle avec des programmes, des sorties culturelles et des enseignements liés à la culture. Dès la petite école. »

Espérons que leur voix, ainsi que celles de tous ceux qui ont présenté un mémoire lors des consultations, soit entendue. Il semble clairement y avoir consensus pour que le créateur et l’éducation culturelle soient au cœur même de la nouvelle politique culturelle du Québec. Le souhait de Martin Petit, énoncé dans son entrevue au Devoir, pourra alors devenir réalité : « Ce qui est fondamental, c’est qu’on soit capable d’enseigner dans les écoles le rôle des arts dans nos vies. Faire comprendre que l’accès aux arts est une chance; ensuite, la question de l’intervention de l’État en culture ne se posera pas, elle s’imposera comme une évidence. »

En attendant, je vous rappelle de signer la Charte d’engagement pour une reconnaissance du rôle fondamental des arts, de la culture et de la créativité dans le développement personnel et social des jeunes sur le site de Re_création au www.rcrcq.ca.

Plus nous serons nombreux à le faire plus notre voix sera forte!

Franck Michel

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