Optimisation

Monsieur le premier ministre l’avait bien dit peu de temps après son élection : « Ce n’est que le début du début ! » Démarche de restriction ou d’optimisation, selon le point de vue des uns ou celui des autres, le processus est bel et bien enclenché. Non seulement est-il enclenché, mais il l’est dans des secteurs d’activités que l’on croyait intouchables, entre autres, l’éducation et la santé. « Les bottines suivent les babines », comme le réclament si souvent les électeurs à leurs élus. Toutefois, personne ne se doutait que les bottines mettraient le pied à terre si rapidement !

On a beau dire que le but est l’optimisation d’un système sclérosé, reste que ce processus est conséquent aux restrictions auxquelles les finances publiques nous obligent. Il n’y a pas si longtemps, le nouveau {leitmotiv} des politiciens alors au pouvoir était « faire mieux avec ce que l’on a ». On commence à comprendre qu’il faudra dorénavant faire mieux avec moins. Car, encore faut-il comprendre que toute situation optimale ne l’est qu’en considérant les moyens dont on dispose… Une situation optimale n’est pas nécessairement idéale.

En culture, jusqu’à maintenant, les compressions et changements imposés ne sont pas aussi impressionnants que ceux déployés dans les deux secteurs les plus voraces de l’État. Toutefois, le cas récent de la « rumeur » de fermeture des conservatoires de musique en région est un bon exemple de ce qui attend le milieu culturel. Dans le cas du réseau des conservatoires de musique et d’art dramatique, on parle d’un déficit structurel pour lequel on demande un plan de redressement. Or, les conservatoires étant, depuis quelques années, des corporations indépendantes du ministère de la Culture et des Communications (MCC), des frais de loyer et de taxes se sont ajoutés à un budget qui lui, diminue. Le conseil d’administration du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, gestionnaire du réseau, a envisagé, comme solution, la fermeture des cinq conservatoires en région. La réponse du milieu culturel fut immédiate
: les boucliers se sont levés, les principaux concernés mobilisés, et on recherche, en ce moment, la solution optimale. Tout le monde s’entend pour préserver l’éducation artistique professionnelle en région. La ministre de la Culture a écarté, parmi les solutions envisagées, la fermeture des conservatoires en région. Ainsi, dans un Québec optimisé, le prestige des institutions ne sera pas que l’apanage des grands centres, comme on pourrait le craindre.

Le rapport Corbo sur la muséologie — qui, à ce qu’on dit, ne restera pas longtemps sur les tablettes — préconise lui aussi l’optimisation des ressources : fusionner certains établissements, partager la gestion, centraliser les ressources pour mieux les déployer à l’ensemble du réseau muséal…

En culture, remue-méninges et remue-ménage ne font que commencer… « Le début du début » qu’il a dit… Et je vous invite, d’ores et déjà, à modifier votre approche lors de la rédaction de vos demandes de subvention. On a cherché longtemps le sens des mots « structurant », et « innovant ». Si on avait compris dès le début que ça voulait dire « optimisé », on aurait tous sauvé un temps fou! Car en culture, si vous voulez mon avis, il faudra être structurant et innovant en grand pour ne pas simplement faire moins avec moins.

Dominic Trudel
Directeur général

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