Prévisions budgétaires… pas faciles

Le budget provincial est déposé et pourtant, les prévisions budgétaires annuelles pour le milieu culturel ne sont pas faciles à élaborer pour autant. Si, pour la culture, une base essentielle est maintenue, les effets collatéraux des coupes imposées aux autres secteurs d’activités commencent à se faire sentir…

Lors de la présentation du budget provincial le 26 mars dernier, c’est avec soulagement qu’une hausse de 2 % du budget du ministère de la Culture et des Communications (MCC) a été accueillie par le milieu culturel.

Cette augmentation est attribuée, d’une part, à l’Orchestre symphonique de Montréal afin de pallier le retrait d’Hydro-Québec du financement de l’organisme, et d’autre part, à la mise en œuvre du plan numérique du Québec.

De plus, on assiste au retour de l’allégement fiscal pour le secteur culturel sous forme de crédits d’impôt qui avaient été amputés lors du budget précédent. Une erreur dénoncée avec vigueur puisqu’il a été démontré, en cours d’année, que les retombées fiscales que retire le gouvernement grâce à ces mesures dépassent largement les pertes de revenu que représentent les crédits d’impôt accordés. On défend souvent que la culture n’est pas une dépense, mais un investissement. Dans ce cas-ci, c’est démontré. Un retour à une base essentielle, donc, pour la production en cinéma, télé, spectacles, enregistrements sonores, le doublage de films et l’édition de livres.

Toutefois, je rassure les détracteurs de la culture avant qu’ils ne qualifient de « scandaleuse » cette hausse de 2 % : le climat d’austérité est toujours bien présent en culture tout comme dans les autres secteurs d’activités.

Si le cœur créatif du Québec peut continuer de battre sans voir les budgets qui lui sont dédiés diminués, les sociétés d’état et organismes qui leur viennent en aide ont, quant à eux, des efforts à produire pour diminuer leurs frais de fonctionnement. Ce qui inclut le resserrement dans l’attribution de commandites, dont plusieurs festivals et organismes culturels subiront inévitablement les contrecoups.

Par ailleurs, malgré les efforts déployés pour contrecarrer les propos désastreux de l’ex-ministre de l’Éducation lors de la dernière rentrée scolaire, l’achat de livres par les commissions scolaires semble être en chute libre cette année. La situation se rétablira-t-elle bientôt? Ce sera, sans aucun doute, un dossier à suivre au cours des prochains mois.

L’éducation n’étant pas au bout de ses peines avec les restrictions budgétaires, voilà que la menace de boycottage des sorties scolaires refait surface. Si, par le passé, le boycottage était identifié précisément comme un moyen de pression de la part des enseignants, cette fois-ci, il semble plutôt vouloir s’intégrer de façon permanente à la définition de tâches des professeurs. Fini les tâches qui demandent un engagement bénévole de la part des professeurs! On imagine facilement les conséquences, lorsqu’on constate que les sorties et projets culturels dans les écoles reposent en très grande partie sur la volonté de professeurs passionnés qui ne comptent ni leur temps, ni leurs efforts pour faire vivre une expérience artistique et culturelle à leurs élèves.

Du côté de la réorganisation régionale, le dossier avance lentement. La loi abolissant les CRÉ n’est pas encore adoptée, ni même déposée. Malgré les comités de transition déjà à l’œuvre, il est trop tôt pour savoir comment la culture pourra prendre sa place dans le développement économique régional, et surtout, ce qu’il adviendra des ententes régionalisées de développement culturel, tant celles avec le MCC que celles avec le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui ont permis jusqu’à maintenant de soutenir nombre de projets artistiques et culturels. On sait seulement que ce sont les MRC qui devront prendre le relais du développement régional, et pour le moment, la culture n’est pas une compétence obligatoire des MRC. Le deviendra-t-elle?

Les plus optimistes disent qu’il faut voir dans tout ce remue-ménage une occasion à saisir. Les plus pessimistes, quant à eux, voient uniquement leurs acquis s’envoler. Alors, je me dis que, comme rien n’est parfait et que rien n’est jamais si pire qu’on le croit, on aboutira probablement quelque part à mi-chemin entre l’un et l’autre. De toute façon, quand nos acquis sont fragilisés, on n’a pas le choix de saisir toutes les occasions favorables! En attendant, il faut bien faire ses prévisions budgétaires, et pour ce faire, ne compter que sur ses acquis. Pas facile…

<quote>Dominic Trudel
Directeur général</quote>

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